Depuis un moment, me voilà en panne de ma formation LLL.
Diverses raisons à cela, entre autres les fêtes, mais pas seulement.
Une question parmi les autres a fait surgir une problématique intéressante: " Qui es-tu, toi, Stéphanie la femme?" (par différence avec la mère).
Double questionnement.
D'abord, oui, qui suis-je?
Ensuite, pourquoi cette opposition en tre la femme et la mère, qu'est-ce qu'elle recouvre, qu'est-ce qu'elle signifie pour moi?
Dans ma vie "d'avant", j'étais une "femme active", d'abord prof, d'abord femme de mon chéri, d'abord femme tout court, et ensuite mère.
J'ai fait des études supérieures pour lesquelles je me suis beaucoup investie, j'ai atteint un objectif professionnel qui me tenait à coeur, même s'il s'est avéré peut-être décevant, en tout cas
différent de ce que j'attendais.
J'ai eu pourtant plusieurs enfants pendant cette période, qui est restée une période d'acivité professionnelle malgré ces (trois) naissances.
J'étais en contact quotidiennement avec plus de 75 enfants, que je suivais sur plusieurs années, au moins une vingtaine d'adultes, que je cotoyais chaque jour dans diverses perspectives, je
menais des projets qui impliquaient de monter des dossiers administratifs, de rencontrer des intervenants, de construire une progression, puis de mettre en pratique auprès desdits élèves
conjointement avec les collègues avec lesquels je faisais équipe.
Je rencontrais régulièrement des parents, gérais une équipe dans le cadre de ma fonction de prof principal, assurais l'interface avec la direction sur de nombreux points.
J'avais aussi pourtant 3 enfants en bas âge, dont 1, puis 2 scolarisés en maternelle, et 1 chez une nounou, joli mot pour "gardienne", voire même une "gardienne" à la maison dans les derniers
temps.
Malgré l'apparent confort de ce dernier arrangement, il s'agissait pour moi d'une situation à fort potentiel de stress, ne sachant jamais à quoi m'attendre avec la jeune fille qui s'occupait des
enfants à cette époque: la maison allait-elle être rangée et nettoyée du sol au plafond ou bien rendue à l'état sauvage, nourriture étalée sur le sol, jouets répandus dans toutes les pièces,
assiettes jetées quasi pleines dans l'éveir, vêtements en vrac, télé allumée et bb collée devant dans sa poussette...????
Les enfants auraient-ils mangé ce que j'avais préparé la veille, ou bien des beignets et autres friteries? les biscuits du placard ou des bonbons dégueus?
Seraient-ils apaisés ou complètement déboussolés après une journée éprouvante??
Je me sentais à la fois affreusement coupable de ne pas être là, disponible pour eux, de passer à côté d'eux au lieu de pouvoir profiter harmonieusement des moments passés ensemble, et en même
temps très capable, parce que capable d'assurer tout ça en même temps, super- Maman, super Woman, respectée dans mon travail, belle, dynamique, forte.
En plus je ramenais des sous, ce qui reste accessoire finalement aujourd'hui, compte-tenu de ce que ce mode de vie entraînait comme dépenses suplémentaires.
Ces contacts avec l'extérieur m'assuraient le développement d'un réseau social divers, au sein duquel je rencontrais des gens avec lesquels j'avais plus ou moins d'accroche, pas toujours des
rencontres exraordinaires of course, mais la multiplicité des relations multipliait la possibilité de rencontrer des gens intéressants.
J'avais des ami(e)s, une vie sociale active, bien que ma vie familiale me semblât hautement insatisfaisante.
Notre arrivée ici a sonné le glas de cette implication sociale, la nouvelle grossesse et le congé parental que j'ai enfin pu choisir d'assumer ont entraîné un repli nécessaire sur notre foyer,
d'abord en tant que lieu à cause de la maison et des obligations matérielles d'aménagement, ensuite en tant qu'instance familiale, du fait de notre isolement social.
Aussi bien parce que nous n'avions plus de relais, que parce que les enfants se sont retrouvés dans un environnement social aussi peu favorable que possible, je me suis engagée de plus en plus
intensément dans une relation beaucoup plus satisfaisante avec eux.
J'ai souhaité jouer la carte de la disponibilité, de l'attention, de la présence accompagnante, tout en m'inscrivant dans un maternage encore plus impliqué auprès de la petite dernière,
accentuant encore les choix que nous avions fait jusqu'ici.
Au point de prendre la voie de l'IEF afin de recentrer vers les apprentissages et le développement personnel, au point de commencer cette formation LLL, au point aussi, pourtant, de se trouver
parfois bien enfermés dans cette maison, dans cette petite ville où les réseaux sociaux sont inexistants, dans cette partie du département où tout est distance.
des rencontres, des contacts, j'en ai.
De l'amitié, j'en ai peu, des relations fortes, durables, sincères, ...
J'ai l'impression de passer à côté de ma vie, d'avoir renoncé, sacrifié...
Pourtant, ma vie, qu'est-ce que c'est?
je SUIS cette femme-là, qui a fait les choix de l'allaitement, de l'instruction en famille, du congé parental, du maternage proximal, du sommeil partagé.
Et je n'ETAIS pas complètement moi-même dans cette femme qui devait assumer toutes ces obligations professionnelles en sacrifiant la relation à ses enfants, les voyant grandir à toute allure et
devenir doucement étrangers...
N'empêche que je suis un individu qui, si je ne définis pas ma valeur personnelle par ma valeur professionnelle, a besoin de s'accomplir, d'être en contact avec des êtres humains, dans un
contexte bienveillant et non stressant.
Quelque part, il me semble qu'en prenant un rôle actif chez LLL, en devenant animatrice, je m'enfermerais dans quelque chose qui n'est pas moi, dans un groupe dont je partage pourtant
profondément les valeurs mais au sein duquel je ne rencontre pas de pairs.
J'avais dernièrement le projet de reprendre mon activité, à mi-temps, au mois de septembre qui arrive.
J'ai cette chance, d'avoir un job qui m'attend (même si je ne sais pas où), et le moyen quelque part de réduire nos soucis financiers tant que la maison n'est pas vendue.
Et puis voilà que mon corps m'annonce qu'il est prêt à faire un autre enfant, un 5e...
Est-ce que c'est raisoonnable, ça, de se lancer dans une nouvelle aventure avec un nouveau petit être humain? Est-ce qu'on a les moyens de s'occuper de 5 enfants, de les élever, de financer leurs
études?
Une nouvelle grossesse, un nouvel enfant, j'en ai envie, et maintenant, pas dans 3 ou 4 ans. Mais c'est alors incompatible avec une reprise professionnelle.
Certes, financièrement, c'est possible, c'est faisable: je termine mon congé parental pour enchaîner sur un autre, au terme duquel je pourrai prétendre à une retraite au bout de 15 ans de service
(à condition que ça existe encore!!).
Socialement, c'est toujours mieux que démissioner.
Mais ça ne résout pas mon problème de réseau social inexistant, et de rencontre avec des gens avec qui ça accroche.
Reste donc à savoir re-positionner mon énergie, mes compétences, pour que notre choix de vie ne" rime plus avec enfermement, ce qui à long terme n'est valable pour personne dans cette
famille.
Etre moi, c'est quoi au juste?
Commentaires Récents